(par le Dr. Chung-liang SHIH, Ministre de la Santé et de la Protection sociale, Taïwan)
À l’heure où le monde fait face aux défis liés à l’allongement de l’espérance de vie ainsi qu’au déficit de personnel soignant, la transformation numérique des soins n’est plus optionnelle, mais essentielle. Dans cette optique, la vision « Healthy Taiwan » (Taïwan en bonne santé) a pour moteur la numérisation des processus concernés. Grâce à l’intégration des big data, de l’IA et du cloud, le système vise à améliorer la qualité et l’efficacité des soins, en s’orientant vers un nouveau modèle de santé publique personnalisé pour tous.
Taïwan possède des atouts certains dont une robuste industrie des TIC, ainsi qu’un système national d’assurance maladie ayant accumulé des données sanitaires précieuses, tout en posant les fondations du développement de soins intelligents. C’est sur ces bases qu’a été créée la « Structure 3-3-3 », une plateforme numérique nationale intégrant trois espaces de soins majeurs, trois standards de données et trois centres nationaux d’IA pour former une infrastructure complète de soins numériques. L’intégration des rapports médicaux électroniques de plus de 400 hôpitaux et l’adoption de standards internationaux tels le FHIR doivent assurer l’interopérabilité entre institutions. Enfin, dans le cadre d’une approche « Zero trust » (Zéro confiance) en matière de cybersécurité, les données sanitaires peuvent être partagées et effectivement utilisées en toute sécurité.
Les résultats tangibles de ces mesures commencent à voir le jour. En matière de gestion des maladies chroniques, la « Family Physician Platform » (Plateforme des médecins traitants) incorpore des prédictions de risques basées sur l’IA, aidant les praticiens à proposer des soins personnalisés et facilitant le passage du traitement réactif à la gestion préventive. Concernant l’intégration des données, le système « MediCloud » permet un accès en temps réel aux dossiers médicaux, ainsi qu’aux ordonnances. Enfin, la visualisation améliorée des résultats d’examens et l’interprétation de l’imagerie médicale par l’IA améliorent la qualité des soins, ainsi que la sécurité des patients.
La gestion individuelle de la santé a, elle aussi, été améliorée. La plateforme « My Health Bank » (Ma banque santé) dépasse désormais les 50% de taux d’adoption. Elle peut intégrer les données provenant d’appareils portatifs, encourageant les individus à jouer un rôle plus actif dans la gestion de leur santé. En matière de numérisation des traitements du cancer, l’emploi du standard FHIR pour les échanges de données NGS (Séquençage de nouvelle génération) accélère le processus de certification de maladie grave et d’utilisation du matériel médical, renforçant l’accès au traitement rapide. Enfin, la promotion de la carte virtuelle d’assurance maladie, des prescriptions en ligne et des services de télémédecine permet de franchir les barrières géographiques et temporelles, améliorant la médecine rurale et les soins à domicile.
Taïwan a mis en place un cadre complet de gouvernance pour promouvoir le développement de l’IA en matière de santé. 19 centres nationaux de médecine IA englobent gestion responsable, validation clinique et évaluation d’impact, garantissant une IA fiable et sûre, du développement jusqu’aux applications. Plus de 50 produits médicaux IA ont déjà été homologués, allant de la détection précoce des cancers à la prédiction d’événements cardiovasculaires, en passant par l’aide à la décision. Taïwan compte 13 établissements classés cette année parmi les meilleurs hôpitaux intelligents du monde par le magazine Newsweek, deuxième meilleur score d’Asie et preuve de compétitivité à l’international. Enfin, la promotion par Taïwan de plateformes fédérées d’enseignement doit permettre une validation interinstitutionnelle et transfrontalière des modèles d’IA, sans transfert de données sensibles. Pareillement, une collaboration avec ses partenaires d’Asie du Sud-Est vise à mettre au point des modèles fiables de partage de données au niveau international.
Les maladies ignorent les frontières et la gestion de la santé mondiale requiert une collaboration totale. Taïwan a créé un écosystème de santé intelligent guidé par les données, rendu possible par l’IA et soutenu par des standards interopérables. Il permet d’étendre les services des hôpitaux aux communautés et à la vie quotidienne, réalisant de ce fait l’objectif de santé pour tous. L’expérience pratique de Taïwan démontre qu’elle est capable d’apporter des contributions à la communauté internationale.
Or, Taïwan continue d’être exclue d’une pleine participation à l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), ainsi qu’aux mécanismes qui en dépendent. La Résolution 2758 de l’Assemblée Générale des Nations Unies et la Résolution 25.1 de l’Assemblée Mondiale de la Santé (AMS) ne mentionnent pourtant pas Taïwan et n’excluent pas sa participation à l’OMS ou l’AMS.
Nous demandons donc instamment à l’OMS ainsi qu’aux parties prenantes concernées de soutenir l’inclusion de Taïwan au sein du système mondial de santé, afin de renforcer son intégralité et sa résilience. Taïwan continuera de faire progresser les soins intelligents grâce à l’innovation numérique, ainsi que de contribuer à la santé et au bien-être mondiaux. Ensemble, nous pouvons concrétiser la vision de la santé en tant que droit humain fondamental (Constitution de l’OMS), tout comme l’engagement de ne laisser personne de côté (Objectifs de Développement durable de l’ONU).
